
Homo sapiens : la pulsion d'espace
Nos ancêtres ont traversé les mers, gravit les montagnes, colonisé tous les continents... C’est la seule espèce à l’avoir fait. Par curiosité ? Désir de conquête ? La science est face à un grand mystère.
“Le Sahul, c’est un cas d’école. On ne peut pas le coloniser par accident”, insiste Jean-Jacques Hublin, paléoanthropologue à l’Institut Max-Planck de Leipzig. C’est systématique, quand on parle à un spécialiste d’Homo sapiens de notre propension à aller découvrir de nouveaux espaces, c’est la conquête de ce supercontinent qui revient. Un continent qui recouvrait il y a 50 000 ans l’Australie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la Tasmanie actuelles, sur lequel nos ancêtres ont débarqué en provenance du Sunda, au bout de l’Eurasie. Entre les deux masses, plus de mille kilomètres où s’étirent les îles wallacéennes – aujourd’hui l’Indonésie. C’est dans ce décor que des peuples ont regardé en direction de terres inconnues, visibles par-delà de vastes détroits, avec la ferme intention de s’y rendre. Et ils l’ont fait. île après île. Ils ont rallié le Sahul.
Nos ancêtres savaient naviguer. Même s’il ne reste aucun vestige d’embarcation pour en attester – le bois ne résiste pas à l’épreuve du temps –, les sites archéologiques des territoires insulaires qui séparaient alors le Sunda du Sahul regorgent d’objets montrant que des groupes sapiens façonnaient ici des hameçons en coquillages, pêchaient maquereaux, bonites et thons à la traîne, à la ligne et au harpon. “Ils avaient donc la capacité de naviguer pour la pêche côtière”, en déduit Clara Boulanger, spécialiste de la région au Muséum national d’histoire naturelle…