
Vers une nouvelle écologie des entre-espaces
Lisières, littoraux, oasis… Plus on les étudie, plus on découvre leur richesse : ces zones de transition entre les grands écosystèmes sont essentielles à l’équilibre du vivant.
Lisières, rivages, ourlets, frontières, estrans, falaises… Les mots abondent pour décrire ces seuils, ces “entre-espaces” qui déplient les paysages et multiplient les mondes terrestres. Curieusement, les cartes ne prennent jamais la peine de faire exister cette multitude d’entre-deux-mondes. Seuls y figurent les espaces qu’elles séparent : “La forêt, le désert ou l’océan… En écologie aussi, nous avons encore tendance à nous focaliser sur les grands espaces écosystémiques, au détriment de toutes ces zones de transition, même si elles jouent un rôle central”, regrette l’écologue Salit Kark de l’université du Queensland, en Australie.
“Ces changements rapides de paysage ont toujours fasciné les écologues”, remarque pourtant Philippe Choler, écologue alpin au CNRS. D’ailleurs, le concept même d’écotone, comme les scientifiques les appellent – du grec oikos (maison) et tonos (tension) – a été introduit dès 1903 par le botaniste américain Frederic Clements. Et la limite forestière en montagne, qui constitue l’une des plus visibles de ces transitions, “suscite l’intérêt des scientifiques depuis plus de deux cents ans”, rappelle l’écologue suisse Esther Frei, de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage. Les écotones alpins font toutefois figure de cas particulier.