
Géopolitique du 120
Ils bataillent depuis la guerre froide : Russie, États-Unis et Japon en tête, les laboratoires nucléaires rivalisent pour créer l’atome le plus lourd. Prochain sur la liste : le 120, avec ses 120 protons. Il n’a pas encore de nom, et c’est tout l’enjeu. Le découvrir, c’est le nommer.
C’est une bataille à bas bruit, une petite guerre froide du XXIe siècle, loin de l’horreur des bombardements et du vacarme des réseaux sociaux. Elle se joue dans les enchevêtrements de tuyaux, de fils électriques, d’aimants et d’écrans de quelques laboratoires dans le monde : dans l’antre du Riken, en banlieue de Tokyo ; au cœur du centre nucléaire de Dubna, au bord de la Volga ; rue Cyclotron à Berkeley, en Californie… Japon, Russie, États-Unis, c’est là que depuis des dizaines d’années s’est affûté le savoir-faire en physique nucléaire. “Ce champ de recherche était au cœur de la guerre froide”, rappelle Michael Block, chercheur au Centre sur les ions lourds, en Allemagne, et directeur du département consacré à la physique des éléments superlourds. “ C’est une longue tradition de recherche : le Laboratoire national Lawrence-Berkeley a été le premier à essayer de comprendre, dans les années 1960, quel nombre maximum de protons et de neutrons on pouvait mettre dans un atome”, renchérit la chimiste Jacklyn Gates, qui dirige aujourd’hui le groupe de travail.