
Il était une fois la vache
Les indices sont ténus, éparpillés au milieu des steppes. Les paléogénéticiens sont en train de retracer nos milliers d’années de vie commune avec les fabuleux aurochs dessinés au fond des cavernes, jusqu’à la vache docile et nourricière. L’épopée retrouvée d’un animal totem.
Icône des bouteilles de lait, vedette couleur pervenche sur tablettes de chocolat, au sourire enthousiaste sur portions triangulaires de fromage, la vache est, si l’on peut dire, partout. Au point, qu’on ne la voit plus. Déjà littéralement, parce qu’on ne croise bien sûr plus ces placides ruminants en ville. Au sens figuré, surtout, parce qu’on ne lui accorde généralement plus qu’un regard blasé quand on la rencontre dans son décor naturel, les champs et les prairies. La vache est un animal potiche sans histoire, une image d’Épinal qui regarde passer les trains et nous alimente aimablement en yaourts. Le taureau, lui, on l’imagine avec un chiffon rouge sous le mufle ; tandis que le bœuf n’a droit de cité que sur les étals des bouchers, ou dans les crèches de Noël. Cette marginalisation dans nos imaginaires d’un animal qui représente plus de 30 % de la biomasse des mammifères actuels de la planète paraît non seulement déconcertante, mais injuste.