
La révolution électrome
Longtemps négligé, le rôle des signaux électriques qui parcourt chacune de nos cellules est en train d’être sérieusement réévalué. Cette bioélectricité nous protège, nous façonne, et serait même à la source de la vie.
Michael Levin est à la pointe du sujet depuis vingt-cinq ans. “La bioélectricité est une propriété ancienne, intrinsèque et fondamentale de toutes les cellules vivantes, raconte ce biologiste à l’université de Tufts, aux États-Unis. L’évolution a découvert les immenses avantages des réseaux électriques à l’époque des biofilms bactériens, en les utilisant pour intégrer les informations physiologiques dans l’espace et le temps au sein d’une colonie. La bioélectricité est ainsi devenue un signal d’instruction omniprésent pour la physiologie cellulaire, pour le développement embryonnaire, pour la régénération et pour les maladies humaines.”
Ainsi se révèle, dans une poignée de laboratoires dans le monde, le pouvoir longtemps insoupçonné des circuits électriques qui traversent le vivant. “Le principe, c’est que le courant électrique provenant de la prise de courant est transporté par des électrons, tandis que le courant électrique biologique est transporté par des ions inorganiques”, pose Arnold de Loof, biologiste à l’université de Louvain, qui a baptisé “électrome” ce mystérieux système universel, multiforme et omnipotent, capable de réguler le comportement cellulaire collectif de façon autonome.