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Il existe un état de conscience vide
Nous le connaissons tous sans le savoir, ce blanc, cet espace sans pensée que les spécialistes voient émerger des IRM et des encéphalogrammes. Et qui ouvre une nouvelle porte sur la conscience.
Cela arrive spontanément, en dormant. Au moment où l’on glisse dans le sommeil, ou entre deux rêves. Soudain, l’esprit passe par une phase parfaitement lucide, mais vide. Un état pleinement alerte, où on est complètement absorbé… sauf que l’attention ne porte sur rien. Les récits des personnes qui l’ont vécu et qui s’en souviennent, scrupuleusement consignés et analysés par les chercheurs, convergent de façon éblouissante : à ce moment-là, en l’espace de quelques instants, il n’y a aucune pensée. C’est le néant. La conscience est bien présente, mais elle est sans objet. Sans sujet non plus : la sensation d’être soi se dissout. Il ne reste que cette pure vigilance, cette clarté.
Évidemment, de prime abord, cela paraît paradoxal, presque insensé. Si je suis conscient, c’est forcément que je pense à quelque chose, direz-vous. Et si je suis endormi, c’est que je ne suis pas conscient, à moins d’être en train de rêver, et dans ce cas ma conscience est immergée dans mon rêve. C’est précisément par son étrangeté que cet état intéresse des chercheurs de toutes les disciplines : neurophysiologistes, cogniticiens, psychologues et philosophes. Adriana Alcaraz-Sanchez, aujourd’hui à l’université Pompeu Fabra de Barcelone, est de ceux-là. C’est elle qui a apporté le premier ensemble de récits cohérent de cet état de conscience si particulier dans deux publications, dont la dernière vient de paraître.