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L'hippocampe ou le secret de la grossesse masculine
Ce petit poisson n’en finit pas de fasciner : mais comment l'hippocampe a-t-il pu réinventer la reproduction en inversant les rôles ? Les spécialistes découvrent des hormones, une immunité, des tissus uniques... toute une réorganisation biologique.
L’hippocampe est un nageur assez maladroit. Quand il s’apprête à mettre bas, juste avant le début des contractions, il cherche souvent à s’arrimer là où il peut à l’aide de sa queue. Oui, “il”, car c’est bien du mâle dont il s’agit. “Les hippocampes sont une belle bizarrerie de l’évolution”, admire Axel Meyer, de l’université de Constance. “L’un des systèmes reproductifs les plus extraordinaires chez les vertébrés”, surenchérit Qiang Lin, de l’Institut d’océanologie de la mer de Chine méridionale.
Le fait de porter ses petits jusqu’à la naissance – la gestation – a évolué indépendamment environ 150 fois chez les vertébrés, mais seule la lignée des hippocampes, les poissons syngnathidés, qui compte également les dragons des mers et les syngnathes, est connue pour en avoir développé une version masculine. Une exception évolutive qui captive les biologistes. En particulier trois équipes, en Chine, en Allemagne et en Australie.
La frénésie de recherches a commencé il y a dix ans, avec les premières études de séquençage génétique. Le groupe australien mené par Camilla Whittington entrevoit toute la complexité des différents stades de la grossesse, dans lesquels près de 3 000 gènes sont impliqués. Dans la foulée, le premier génome complet d’un hippocampe est publié. Mais comment a-t-il pu réinventer la reproduction en inversant les rôles ? “L’action de quelques-uns de ces gènes a depuis été identifiée, mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir”, reconnaît aujourd’hui la biologiste de l’université de Sydney.