@NOELIA DE ALDA
Réseaux sociaux : l’interdiction aux ados peut-elle être efficace ?
L’Assemblée nationale a tranché le 27 janvier dernier : les réseaux sociaux seront interdits aux moins de 15 ans, et les smartphones bannis des lycées. La mesure peut-elle être efficace ? Ces applis sont-elles si dangereuses pour les ados ?
Face aux accusations qui s’élèvent de toutes parts, et suite à l’exemple donné par l’Australie, où l’interdiction vient d’entrer en vigueur pour les moins de 16 ans, le gouvernement avait annoncé de longue date une loi dure. La décision était prise bien avant, donc, que ne soit rendu public, le 13 janvier 2026, le rapport de l’Anses sur le sujet – plus de 750 études décortiquées par un groupe de chercheurs experts au terme de cinq années de travail. Un document dont les recommandations ne sont pas en faveur d’une interdiction.
Premier constat : la connexion des adolescents est devenue “de plus en plus fréquente et continue”. Aujourd’hui, 90 % des 12-17 ans consultent tous les jours Snapchat, TikTok, Instagram et autres sur leur smartphone et ce, à raison de plusieurs heures par jour.
Vulnérables
Et oui, pointent les spécialistes, les jeunes sont particulièrement vulnérables. Leur cerveau est en pleine restructuration : le système limbique, siège des émotions et de la récompense, tourne à plein régime, tandis que le cortex préfrontal, responsable du contrôle des impulsions, commence à peine sa maturation, qui ne s’achèvera que vers 25 ans. “La capacité de contrôle est très limitée chez l’enfant et l’ado”, souligne Serge Tisseron, psychiatre, docteur en psychologie et ancien membre du Conseil national du numérique. Pour les interfaces numériques, conçues pour ne jamais laisser le cerveau au repos, l’immaturité cérébrale des ados est une faille à exploiter. “Ils ne parviennent pas à s’extraire d’une appli”, confirme Séverine Erhel, professeure en psychologie du numérique à l’université Rennes 2, membre du groupe de travail de l’Anses. Pour autant, les cas d’usage problématique restent rares : 2,2 % des filles et 1,5 % des garçons, selon une étude française de 2024. Chez ces jeunes, tous les risques constatés sont démultipliés.