@DAVID DESPAU, COLAGENE.COM
“L’autisme est aussi présent chez les filles que les garçons”
Il est largement admis que ce trouble se manifeste majoritairement chez les garçons. Sauf pour l’épidémiologiste Caroline Fyfe. Ses travaux révèlent une répartition hommes-femmes nettement plus équilibrée.
Votre étude met en valeur une différence de répartition femmes-hommes qui dépend de l’âge…
Oui. Le phénomène est assez subtil et seule une très grande base de données, sur des milliers de personnes et sur un temps long, pouvait le faire apparaître : cela a été possible grâce à la spécificité du registre national de santé suédois, dans lequel toutes les données médicales sont rattachées à l’identifiant unique des personnes. En analysant ce registre, nous avons pu déterminer, chez plus de 2,7 millions d’enfants nés entre 1985 et 2020, combien d’entre eux ont été diagnostiqués avec des troubles autistiques. Nous avons aussi pu savoir à quel âge ces filles et ces garçons ont fait l’objet d’un diagnostic. Et il en ressort que sur les plus de 78 000 enfants diagnostiqués comme autistes, le ratio tombe, à l’âge de 20 ans, à seulement 1,2 entre garçons et filles ; et nous estimons qu’il va s’approcher de la parité pour les enfants nés après l’an 2000. À l’âge adulte, il y a donc quasiment autant de filles autistes que de garçons. Mais nous observons aussi que chez les enfants de moins de 10 ans, il y a davantage de garçons diagnostiqués. Le ratio est alors de 3 garçons pour 1 fille.
Et ce n’est pas une spécificité suédoise ?
Non, d’autres études en Norvège et au Royaume-Uni montrent la même différence de diagnostic des troubles autistiques entre l’enfance et l’âge adulte. Et il est vraisemblable qu’il en soit ainsi partout ailleurs. Ce qui explique pourquoi cette idée que l’autisme touche majoritairement les garçons s’est imposée dans les esprits : les chiffres cités, 3 à 4 garçons pour 1 fille, correspondent à ceux calculés sur la base des enfants diagnostiqués à l’âge de 4 ou 8 ans, avant que les choses se rééquilibrent