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L'espoir syrphes
Syrphe, ça ne vous dit rien ? C’est normal... personne ne remarque cette petite mouche pollinisatrice présente partout dans nos champs. Hyperactive, adaptée à tous les climats, elle pourrait pallier la fragilité de nos abeilles.
Ces insectes volent un peu partout autour de nous, mais personne ne semble les remarquer. Sous leur allure trompeuse, plagiant avec talent l’aspect de guêpes, de bourdons ou d’abeilles, c’est tout un peuple de mouches qui butine ferme dans l’indifférence et l’incompréhension à peu près générale. “Dans les médias, les photos d’illustration censées représenter des abeilles sauvages montrent en réalité souvent des syrphes”, gronde Bertrand Schatz, du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, à Montpellier. Syrphe ? Ce nom ne vous dit probablement rien, alors qu’il désigne un groupe d’environ 540 espèces de diptères pollinisateurs recensées en France – plus de 6 000 à l’échelle mondiale. Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls à les avoir négligés : “En 2019, lors du lancement d’un groupement de recherche sur l’écologie de la pollinisation, les experts ne parlaient que des abeilles”, rumine Véronique Sarthou, du bureau d’études en agroécologie Syrphys. “Il y a eu une trop grande focalisation sur Apis mellifera, l’abeille domestique, reconnaît Fabrice Requier, écologue à l’université Paris-Saclay. La recherche s’est certes élargie aux abeilles sauvages, mais nous avons encore une vision trop restreinte des pollinisateurs.”
Les syrphes sont en train de prendre leur revanche. Ces diptères soulèvent désormais une vague d’enthousiasme non seulement chez les entomologistes à poil dur, mais aussi chez les scientifiques des écosystèmes et les cultivateurs. Plusieurs start-up de l’agritech commencent à miser sur ces insectes. “C’est le deuxième groupe le plus important de pollinisateurs après les abeilles. Les syrphes sont des pollinisateurs très actifs qui visitent les fleurs de plus de 70 % des cultures alimentaires mondiales, sans parler des plantes sauvages”, soulève Amala Udayakumar, de l’Institut indien de recherches agricoles.