la planète oubliée, dans le magazine scientifique d'actualité epsiloon 63@SHUTTERSTOCK - T. STALDER/WWW.SAHARAGEMS.COM

La planète oubliée

Un article à retrouver dans Epsiloon n°63

C’est l’histoire d’un petit fragment de roche extraterrestre qui dormait dans les collections… le vestige d’une planète créée au tout début du Système solaire primitif, avant d’être désintégrée. Un survivant.

par Noé Bente,

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Elle faisait 1 000 kilomètres de rayon, a minima. “Cet astre était probablement bien plus grand, peut-être comparable à la Lune, voire à Mars, avance le géologue Aaron Bell. Un peu comme un paléontologue qui trouve un énorme fémur d’un dinosaure inconnu, et qui ne peut pas dire grand-chose sur le dinosaure lui-même, à part qu’il était assez grand.” On peut aussi lui attribuer un âge : environ 4,56 milliards d’années, soit le tout début du Système solaire, alors que notre étoile s’enroulait encore dans un disque de gaz et de poussières. “On n’avait pas d’échantillons de ces planétésimaux de première génération. On est en train de rentrer en contact avec un moment très particulier de la formation du Système solaire”, s’enthousiasme le géochimiste du Massachusetts Institute of Technology, François Tissot. 

Une angrite

Car l’os de dinosaure, c’est un caillou de 454 g, trouvé dans le Sahara en 2019, arrivé dans la collection d’un magazine spécialisé sur les météorites, avant d’atterrir sous forme d’échantillon dans le laboratoire d’Aaron Bell, à l’université du Colorado, affublé du nom de code NWA 12774. “NWA 12774 se démarque, je n’avais jamais rien vu de tel, confie le géologue. Ces phénocristaux de clinopyroxène riches en aluminium sont exceptionnels, entre un quart et un demi-millimètre, le signe d’une formation sous haute pression.” Il y a tout de même une parenté avec d’autres roches extraterrestres retrouvées sur Terre : c’est une angrite, l’une des météorites les plus rares qui soient. Seule une soixantaine ont été recensées sur plus de 70 000 répertoriées. L’analyse de NWA 12774 esquisse leur histoire, fascinante et mouvementée. 

“Les angrites, c’est un domaine de niche, recadre Frédéric Moynier, cosmochimiste à l’Institut de physique du globe de Paris. Ce sont des météorites formées par du volcanisme, à la minéralogie et à la composition un peu bizarres…” Elles contiennent des niveaux exceptionnellement faibles de silice, composant essentiel de la plupart des astéroïdes et des planètes rocheuses, et sont très appauvries en éléments volatils, comme l’hydrogène ou le sodium. “Ces météorites revêtent une importance exceptionnelle, car elles se sont formées très tôt, et conservent donc des traces de certains des premiers phénomènes de fusion et de différenciation planétaire au sein du Système solaire”, s’emballe le cosmochimiste de l’université chinoise des géosciences à Wuhan, Ke Zhu.

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