représentation de la douleur@SHUTTERSTOCK

Face à la douleur

Réduite à une simple perception, un ressenti obscur, elle était la grande négligée de la science. Mais aujourd’hui, les avancées biochimiques et neurologiques commencent enfin à identifier les mécanismes de la douleur, là où notre système nerveux central s’emballe…

par Louane Velten,

C’est un événement. Le 30 janvier dernier, la Food and Drug Administration a autorisé la mise sur le marché, aux États-Unis, d’un nouvel antalgique : la suzetrigine. Une première depuis plus de vingt ans. “C’est vraiment excitant, s’exclame Theodore Price, chercheur en pharmacologie et anesthésiologie à l’université du Texas. On commence enfin à se débarrasser de la vision de la douleur comme étant une sorte de domaine insoluble pour le développement de médicaments, et ceux qui avaient abandonné la recherche y retournent.”

Il faut dire que jusque-là, les efforts entrepris par l’industrie pharmaceutique depuis le début de la crise des opioïdes, qui a fait près de 800 000 morts depuis vingt-cinq ans aux États-Unis, avaient été particulièrement décevants. Entre 2007 et 2022, sur les 315 essais cliniques lancés pour de nouvelles molécules, 12 ont été approuvées par la FDA, pour la migraine ou l’anesthésie par exemple, et aucune pour la prise en charge de la douleur aiguë modérée ou sévère, pourtant à l’origine de la prescription des opioïdes. Jusqu’à l’arrivée de la suzetrigine, un médicament non-opioïde, donc non-addictif, aussi efficace que certains médicaments actuels et avec peu d’effets secondaires. La molécule agit sur des canaux spécifiques aux nocicepteurs, un sous-ensemble spécialisé de neurones qui détectent la douleur au niveau du système nerveux périphérique. Une excellente cible selon les spécialistes : en inhibant ces canaux, la suzetrigine bloque l’information douloureuse avant qu’elle n’arrive au cerveau. Elle reste ainsi à distance du système nerveux central et n’agit pas sur les récepteurs opioïdes, responsables du risque d’addiction des médicaments actuellement prescrits pour soulager les douleurs aiguës modérées ou sévères.

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