@VINCENT J. MUSI
Göbekli, le temple de l’apocalypse
Des vestiges fastueux, un mystérieux cercle de pierres qui ne révèle que lentement ses secrets. Et si Göbekli Tepe, ce “temple” vieux de 11 000 ans, était l’ultime témoignage d’un monde perdu, celui d’une poignée de chasseurs-cueilleurs qui refusent de disparaître ?
C’est un site perdu aux confins de la Turquie, dans l’immense plaine d’Harran, sur laquelle veillent les monts Taurus. Un jeu de cercles de pierres semi-enterrés, atteignant jusqu’à 20 mètres de diamètre. Chacun a conservé ses piliers monolithiques en “T” gravés, reliés par des murs et des bancs, autour de deux piliers anthropomorphes centraux de plus de 5 mètres de hauteur – la toiture qu’ils soutenaient a depuis longtemps disparu. Ces ruines monumentales sont d’autant plus déroutantes qu’elles ont plus de 11 000 ans… érigées avant l’invention des outils de fer, elles se dressent à la lisière temporelle du paléolithique et du néolithique, entre le monde des chasseurs-cueilleurs et des grottes ornées et celui des premiers villages alimentés par l’élevage et l’agriculture, dont nous sommes les héritiers.
“J’ai fouillé du néolithique toute ma vie… Et Göbekli Tepe ne correspond à rien de ce que l’on savait sur cette période”, témoigne le préhistorien Jean-Paul Demoule, de l’université Panthéon-Sorbonne. Lorsque le site est repéré dans les années 1960, on le croit d’ailleurs romain. Il faudra attendre les années 1990 pour que l’archéologue Klaus Schmidt voie son unicité et en fasse le “temple” de la modernité naissante, la matérialisation de l’aube du néolithique. Ici, pour la première fois, l’humanité encore nomade se serait réunie pour bâtir, célébrer, repartir, puis revenir et recommencer. Tout le reste, villages, sociétés complexes, religions, allait suivre. Un récit fascinant.