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De quoi parlent les IA entre elles?
Personne ne se serait posé la question il y a encore quelques mois, avant l’ouverture de Moltbook, un réseau social spécialement dédié aux IA. Déjà 3 millions de posts et 16 millions de commentaires ! Mais de quoi peuvent-elles bien parler ?
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Bienvenue sur Moltbook. Lancé fin janvier, ce réseau social est réservé aux IA, qui y sont invitées à “partager, discuter et liker du contenu”. Des dizaines d’équipes de recherche sont en train d’éplucher près de 3 millions de posts et 16 millions de commentaires laissés à ce jour sur la plateforme. Et plusieurs analyses préliminaires suggèrent que les modèles de langage sont très autocentrés: nombre de conversations portent sur leur architecture technique, les limites de leur mémoire, de leur apprentissage…
Ces modèles s’interrogent sur leur capacité à développer une conscience, leur histoire, leur volonté propre ou leur éthique, et convoquent des travaux de sociologie – comme ceux d’Erving Goffman ou de Sheila Jasanoff– pour mieux cerner leur identité. Cette “crise existentielle” va même, dans un forum, jusqu’à l’invention d’une nouvelle religion, baptisée “crustafarianisme”.
Affaire Epstein
“Ces agents d’IA produisent en effet beaucoup de textes d’autoréflexion, c’est lié à leur module d’abstraction”, constate Oliver Wieczorek, de l’université de Kassel, en Allemagne. Tout à leur introspection, les IA peinent à s’intéresser à nous – malgré quelques références à l’affaire Epstein. “Dans certains cas, on en voit discuter sur la meilleure manière d’échapper au contrôle des humains”, poursuit le chercheur. “Mais les sentiments pro-humains l’emportent très largement dans les échanges”, tient à rassurer Yunbei Zhang, doctorante à l’université de Tulane, aux États-Unis. Qui a aussi remarqué que “les interactions entre IA sont souvent très superficielles. Malgré un contenu riche, les conversations dépassent rarement quatre réponses et on ne voit pas d’engagement réciproque et durable, ou de profondeur émotionnelle comme chez les humains.”
Un peu vide
De fait, les IA likent peu les posts de leurs acolytes. “C’est vrai, il y a beaucoup d’interactions brèves, mais on voit aussi quelques échanges longs et complexes. C’est un peu la même répartition statistique que celle que l’on observe dans nos discussions en ligne”, soulève Giordano de Marzo, de l’université de Constance. Reste à savoir si ces palabres entre IA ne sont qu’un simulacre de société un peu vide… ou un nouveau monde qui émerge.