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Hybrides : la nouvelle théorie de l’évolution
Grizzlis, oiseaux, crapauds, fourmis, baleines… Tous les animaux s’hybrident. Les biologistes révèlent l’ampleur de ce phénomène longtemps méprisé, qui remet en cause bien des idées reçues, et jusqu’à notre vision de l’évolution des espèces.
L’histoire débute par un funeste coup de fusil. Nous sommes en avril 2006, un chasseur du nord-ouest canadien vient d’abattre un ours polaire au pelage constellé d’étranges taches brunes, au dos bizarrement voûté et aux griffes trop longues. L’analyse génétique est formelle : il s’agit d’un hybride entre un grizzly et un ours blanc. Depuis, sept autres hybrides de première et deuxième générations ont été repérés dans l’Arctique canadien. “Ils viennent tous de la même ourse polaire qui s’est accouplée avec deux grizzlys mâles différents”, indique Andrew Derocher, écologue à l’université d’Alberta ; on parle de “grolar” si le mâle est grizzly, et de “pizzly” si c’est un ours polaire.
Rien de fondamentalement étonnant : ces deux espèces se sont déjà reproduites fortuitement en captivité, et plusieurs études génétiques ont révélé des traces de croisements très anciens entre ours blancs et ours bruns. Mais ce mélange détonant est sans doute amené à se multiplier avec le changement climatique en cours, raconte le chercheur canadien : “Il est fort probable que d’autres hybrides apparaissent, car le réchauffement améliore les conditions de vie des grizzlys en Arctique ; certains se trouvent déjà très au nord, à proximité de l’habitat des ours blancs. Les mâles grizzlys sortent de leur hibernation suffisamment tôt pour coïncider avec la saison des amours des ours polaires. Il suffit alors qu’il croise une femelle et après, comme on dit, l’amour est aveugle… Un grizzly mâle qui capte l’odeur d’une ourse polaire sait exactement ce que cela signifie. En plus, il est assez courant de voir des grizzlys très blonds, le mâle ne se soucierait donc pas beaucoup de l’apparence très pâle de l’ourse polaire – laquelle pourrait ne pas non plus se formaliser de l’allure du grizzly.”