est-ce la fin de l'obésité, dans epsiloon, le magazine scientifique d'actualité n°60@SHUTTERSTOCK

Est-ce la fin de l'obésité?

Un article à retrouver dans Epsiloon n°60

L'apparition de cette nouvelle classe de médicaments a été une révolution : les GLP-1 ont suscité un engouement immédiat et mondial. Perte de poids rapide, avec au passage des effets sur toutes les maladies liées à l'obésité comme l'hypertension, les AVC, le diabète... De quoi relever le défi de santé publique ?

par Fiorenza Gracci,

Cet article paru dans Epsiloon n°60 vous est offert. 
Epsiloon vit grâce à ses lecteurs: abonnez-vous au magazine pour soutenir un journalisme scientifique indépendant.

Elle pouvait sembler invincible – 2 milliards de personnes sont en situation d’obésité. Jusqu’à ce que des antidiabétiques, les agonistes du GLP-1, fassent irruption il y a quatre ans. Une nouvelle famille de médicaments qui entraîne, à haute dose, des pertes de poids importantes, tout en étant bien tolérée. L’engouement pour ces stylos injecteurs devient très vite mondial ; et les profits engrangés par les fabricants Novo Nordisk et Eli Lilly faramineux. Car les pertes de poids constatées en pratique clinique correspondent bien à celles des essais financés par l’industrie : 15 % en moyenne en quatorze mois pour le Wegovy ; 20 % en seize mois pour le Mounjaro. À comparer avec la baisse typique de 5 % lors d’une prise en charge dans un centre spécialisé combinant nutrition, éducation physique et psychologie…“Seule la chirurgie bariatrique, qui réduit la taille de l’estomac, permet des pertes équivalentes à ces médicaments. Mais sur dix personnes éligibles, une seule acceptera d’y avoir recours”, partage François Pattou, chirurgien spécialiste du diabète et de l’obésité au CHU de Lille. Un bémol cependant, 15 % au moins des patients ne répondent pas au traitement… un point que pourrait surmonter l’arrivée prochaine de molécules dérivées.

Soutenez un magazine scientifique indépendant

Abonnez-vous à partir de 4,90€ / mois sans engagement et accédez à tous nos numéros

Soutenez
un magazine scientifique indépendant

Abonnez-vous à partir de 4,90€ / mois sans engagement et accédez à tous nos numéros

Avec ces GLP-1, c’est toute une série de maladies induites par l’obésité qui sont jugulées : cardiovasculaires comme l’insuffisance cardiaque, l’infarctus, les AVC et l’hypertension ; respiratoires comme l’apnée du sommeil ; métaboliques comme la stéatose hépatique et le diabète… “Cette classe de médicaments améliore la qualité de vie, prévient les handicaps et les décès prématurés associés à l’obésité”, applaudit Boris Hansel, endocrinologue nutritionniste et spécialiste de l’obésité à l’hôpital Bichat, à Paris. François Pattou aussi est impressionné : “C’est le premier changement radical en termes d’épidémiologie depuis les antihypertenseurs. Pour autant, cinquante ans plus tard, l’hypertension artérielle existe toujours, même si elle se traite facilement.”

Revers de la médaille

Et le regard sur la maladie change. “Cela met à mal la croyance bien ancrée que perdre du poids serait une question de volonté : l’obésité est avant tout déterminée par des mécanismes biologiques et ils sont réversibles.” Revers de la médaille, à l’arrêt du traitement, 85 % des patients reprennent le poids perdu, et ce quatre fois plus vite qu’après un régime. Il faut donc le prendre à vie. Et au prix actuel de 300 € par mois environ, il est impensable pour l’Assurance Maladie de le rembourser à l’ensemble des personnes en situation d’obésité qui souhaiteraient le prendre. “Mais ce blocage ne sera pas éternel”, estime Boris Hansel. Des génériques vont arriver ; la guerre des prix est déjà déclarée. Sauf qu’un autre sujet pointe : on s’aperçoit que la moitié des patients arrêtent le traitement après deux ans. “Les effets digestifs indésirables peuvent en effet entraîner une lassitude, avec une baisse d’appétit et peut-être une sensation de moins profiter de la vie”, avance François Pattou.

Des associations de malades réclament un remboursement, d’autres mettent en garde. “Il peut exister une pression, motivée par les profits pour définir des critères de plus en plus stricts pour classer les patients comme étant obèses”, avertit Andrea Bombak, sociologue à l’université du Nouveau-Brunswick, au Canada. Les GLP-1 bouleversent le destin de ce qui était appelé “le mal du siècle”. Mais ce que la société en fera n’est pas encore écrit.

Abonnez-vous et ne manquez aucun numéro
Chaque mois,dans votre boîte aux lettres
Toutes les archives,accessibles en ligne
La version numérique,avec l'appli Epsiloon
Un espace abonné,pour gérer mon compte