l'histoire de l'alcool, une enquête du magazine scientifique d'actualité epsiloon 63@SHUTTERSTOCK - FIREFLY

La grande histoire de l'alcool

Un article à retrouver dans Epsiloon n°63

Étude après étude, un constat grisant s’impose : l’alcool n’est pas le propre de l’homme. Car oui, nos amies les bêtes s’enivrent aussi.

par Vincent Nouyrigat,

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Cela ressemble à de petites blagues de comptoir. Des informations amusantes et légères, qui pourraient figurer dans notre rubrique “Fun Facts”. Mais, aussi désopilants soient-ils, les résultats scientifiques qui s’accumulent ces dernières années sur la consommation d’alcool au sein de la faune sauvage commencent à être pris au sérieux. “Jusqu’à présent, les biologistes pensaient que c’était accidentel. Les connaissances se limitaient à une série d’anecdotes sur des animaux ivres : des éléphants titubants, des élans coincés dans des arbres, des oiseaux se cognant aux vitres…”, évoque Kimberley Hockings, biologiste à l’université d’Exeter. “L’alcool était simplement considéré comme une toxine psychoactive associée aux humains et à ces rares cas d’intoxication animale, confirme Krzysztof Miler, de l’Institut de systématique et d’évolution animale, en Pologne. Mais c’est en train de changer. On commence enfin à considérer cette substance comme une part normale de l’alimentation des animaux.” Des découvertes qui ne manquent pas d’éclairer notre rapport plus ou moins compliqué à la boisson. “Oui, notre relation à l’alcool a des racines évolutives beaucoup plus profondes que ce que l’on supposait”, souffle Kimberley Hockings.

Il faut dire que les écosystèmes font open bar. “De nouvelles techniques permettent de réaliser des mesures plus précises, et les dernières études montrent que l’éthanol est omniprésent dans les milieux naturels”, lance Anna Bowland, écologue à l’université d’Exeter. La recette pour produire naturellement cette molécule entêtante est similaire à celle de nos brasseurs : des levures transforment, par fermentation, les sucres présents dans la sève des arbres, les fruits mûrs et les fleurs. “Dans notre étude, publiée au printemps, nous avons réussi à mesurer la présence d’éthanol dans le nectar fermenté de fleurs”, annonce Aleksey Maro à l’université de Berkeley. En l’occurrence, la quasi-totalité des espèces de plantes échantillonnées dans le jardin botanique de l’université californienne contenaient des traces d’alcool susceptible d’être consommé par toutes sortes de pollinisateurs. Les premières estimations montrent que les colibris de la région pourraient ainsi absorber chaque jour l’équivalent, pour un humain de 70 kg, de deux verres de bière de 25 cl. “En conditions expérimentales, on constate que les abeilles mellifères préfèrent une solution sucrée contenant de l’éthanol plutôt qu’une alternative sans alcool”, glisse Krzysztof Miler. Certains amateurs de nectar osent même s’abreuver aux boutons floraux des palmiers de Bertram, en Malaisie, dont la teneur en alcool de 3,8 % flirte avec celle d’un cidre demi-sec – un minuscule mammifère arboricole, le ptilocerque de Low, en est particulièrement friand. En laboratoire, l’aye-aye et le loris lent, deux petits primates nectarivores évoluant respectivement à Madagascar et en Asie du Sud, ont d’ailleurs englouti des solutions avec 4 à 5 % d’alcool.

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