que se passe-t-il dans les cimetière, une enquête du magazine scientifique d'actualité epsiloon 63@SHUTTERSTOCK

Mais que se passe-t-il dans les cimetières?

Un article à retrouver dans Epsiloon n°63

Que deviennent les corps dans les cercueils ? Jusqu’ici, personne ne s’était vraiment posé la question. Puis, un peu par hasard, une petite communauté de chercheurs a commencé à s’y intéresser… S’interrogeant sur les raisons de cet étonnant angle mort.

par Gabrielle Antoniewski,

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Damien Charabidzé, spécialiste des écosystèmes cadavériques à l’université de Lille, s’en est étonné quand il a été sollicité pour obtenir des données sur la terramation, un mode de sépulture à même la terre : “En voulant comparer cette technique avec l’inhumation traditionnelle, j’ai réalisé qu’on ne savait rien sur la décomposition des corps dans les cimetières.” Son collègue Ludovic Lesven, chimiste de l’environnement, fait le même constat : “On s’est assez peu intéressés à ce qui se passe chimiquement et microbiologiquement autour d’un corps enterré dans un cercueil.” “Jusqu’ici, on n’en voyait pas l’importance”, abonde Vincent Varlet, professeur en taphonomie humaine à l’université de Lausanne, qui dirige la première structure européenne dédiée à l’étude de la décomposition des corps à l’air libre. “Ça n’a pourtant rien d’anecdotique, ça concerne tout le monde”, insiste Damien Charabidzé. Le chercheur participe à l’une des rares études sur le sujet, menée en Australie où le droit pour étudier les cadavres est plus ouvert. L’équipe a comparé deux conditions d’inhumation – une en cercueil, l’autre en terramation – sur deux hommes qui avaient fait don de leur corps. Après six mois, “la différence semble flagrante. Le premier cadavre n’est presque pas décomposé, mais le second est quasi entièrement squelettisé”, témoigne le chercheur. Les résultats complets, croisant chimie du sol, analyses microbiennes, émissions de gaz et observations entomologiques, sont attendus pour l’automne. 

Cela fait longtemps que les scientifiques documentent la façon dont un corps humain se décompose à l’air libre ou dans un sol peu profond – la médecine légale en a besoin pour dater des morts. On sait que les dizaines de milliers de milliards de bactéries intestinales amorcent la décomposition dès l’arrêt des fonctions vitales en consommant les nitrates, les oxydes de fer et de manganèse, puis les sulfates. “En conditions naturelles, un corps présentera des ossements six mois après sa mort, voire deux ou trois mois selon la chaleur, les insectes et les charognards”, résume Vincent Varlet. Jennifer DeBruyn, microbiologiste à l’université du Tennessee, a montré que si les étapes sont toujours les mêmes, la vitesse varie selon les corps. “La graisse a une composition chimique différente du tissu musculaire, ce qui en fait un substrat différent pour les décomposeurs. Et comme le surpoids est souvent associé à un microbiome intestinal spécifique, le point de départ bactérien lui-même varie”, détaille-t-elle. Mais le fait d’enterrer un corps dans un cercueil à plus d’un mètre de profondeur crée des conditions radicalement différentes. Déjà, en dessous de cinquante centimètres, il n’y a plus de macrofaune active, plus d’insectes. “La nature n’est pas équipée pour décomposer un cadavre sous terre, rappelle Damien Charabidzé. Jamais un animal ne meurt là, à part une taupe, et encore, il y a des galeries aérées.” Et surtout, il y a le rôle du cercueil…

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