@Y. DIRAISON AVEC FIREFLY - SHUTTERSTOCK
On a retrouvé nos souvenirs d’enfance
Non, la mémoire de nos premières années n’a pas disparu. Des chercheurs viennent de mettre la main dessus : elle est là, enfouie dans notre cerveau, et elle joue un rôle clé dans nos apprentissages tout au long de la vie.
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Que reste-t-il en nous de nos premiers pas hasardeux, nos mains cherchant en vain dans l’air une rampe illusoire avant de terminer, une ou deux enjambées plus loin, dans les bras salutaires de nos parents ? Quelle joie ou quelle frayeur nous a saisis alors ? Où sont passées ces heures où une simple bille colorée suffisait à nous tenir en émoi ? À quoi ressemblaient ces créatures imaginaires que nous combattions chaque soir dans le coin de notre chambre ? Et le parfum des premières glaces ?
Sans mémoire
C’est un fait : la prime enfance est sans mémoire. Quel que soit l’endroit où l’on naît, quel que soit notre sexe, l’âge moyen de nos premiers souvenirs se situe autour de trois ans et demi. Le constat n’est pas nouveau. Il y a un siècle, les psychologues Victor et Catherine Henri avaient déjà pris acte de ce seuil fatidique. À la même époque, la psychologue américaine Caroline Miles affublait cet oubli universel du nom clinique “d’amnésie infantile”, conférant à cet étrange phénomène une connotation presque traumatique. Comme si, en grandissant, notre tête était frappée d’un coup invisible effaçant sans égard notre présence même lors de nos premières années de vie. “Historiquement, on a considéré que ces souvenirs étaient tout simplement perdus”, rappelle Sarah Power, de l’institut Max-Planck de développement humain de Berlin. Cette neuroscientifique, l’une des rares à avoir mis l’amnésie infantile au cœur de ses recherches, souligne que cette idée est aujourd’hui caduque. “Les recherches récentes suggèrent que certains souvenirs précoces pourraient être conservés.” La preuve : une poignée d’études sont parvenues à ressusciter des souvenirs infantiles chez des souris adultes.
La petite enfance des humains et des souris passe par le même filtre, héritage d’une évolution commune : “Comme nous, les rongeurs, ainsi que d’autres mammifères, sont frappés d’amnésie infantile, assure le neurobiologiste Paul Frankland, de l’université de Toronto. C’est une conséquence de la maturation progressive du cerveau après la naissance, mais il pourrait aussi y avoir un intérêt évolutif à oublier ces premiers moments de vie.” Chez les souris, le phénomène est même fulgurant. “Cela se passe en 24 heures, autour du vingt et unième jour après la naissance. Chez l’humain, le processus est plus graduel et continue d’affecter la mémoire, parfois entre 4 et 8 ans”, décrit cette figure pionnière de la neurobiologie de l’amnésie infantile.