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Retour à la terre
Les industriels redécouvrent aujourd’hui les qualités de ce matériau de construction ancestral. Le signe d’un changement culturel ?
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“L’ambition est désormais de faire de la terre crue un béton presque comme les autres.” La formule de Dominique Naert, responsable immobilier d’une formation sur les bâtiments à l’École des Ponts ParisTech, est un brin provocatrice. Elle exprime un changement de perception de ce matériau qui fleure la nostalgie des savoir-faire traditionnels : et si la terre crue était un matériau moderne ?
En France, le projet Cycle Terre, à Sevran, qui transforme les déblais du Grand Paris en briques de terre compressée, avec enduits et mortiers certifiés, signe une bascule industrielle. “On ne voit plus la terre comme un déchet de chantier, mais comme une ressource hyper-abondante – 115 millions de tonnes excavées chaque année en France – qu’il faut valoriser pour réduire la ponction sur les ressources naturelles”, vante Joseph Cabon, directeur de développement des solutions terre de la filiale POINT.P de Saint-Gobain, spécialisée dans la production, la transformation et la distribution de matériaux de construction.
“L’Allemagne est le marché européen le plus mature sur l’industrialisation”, reprend Dominique Naert. Des industriels y produisent déjà des éléments muraux préfabriqués en pisé – un mode de construction en terre crue avec coffrage – de 10 tonnes et 7 mètres de long, prêts à être livrés. “Cette renaissance européenne est portée par une mécanisation accrue et la préfabrication qui permettent de compenser un coût de main-d’œuvre traditionnellement élevé, souligne Dirk Hebel, professeur au Karlsruhe Institute of Technology. Le recours aux machines rend rentable l’utilisation de la terre crue.” Une dynamique qui se traduit en chiffres : “Le marché mondial du pisé a été estimé à 1,5 milliard de dollars en 2024, avec une croissance annuelle de 7,5 %”, complète Dominique Naert. Qui relativise toutefois : “Ces indicateurs sont issus d’une filière qui sort tout juste de la niche militante.”