dossier sur la crise de l'attention, dans epsiloon, le magazine scientifique d'actualité@GETTY IMAGES

Crise de l’attention? L’enquête neuroscientifique

Un article à retrouver dans Epsiloon n°64

Le constat est partagé par tous, il existe une crise mondiale de l’attention. Avec un coupable tout désigné : les technologies numériques de l’information. Sauf que le problème est plus compliqué qu’il n’y paraît, préviennent les chercheurs…

par Alexandra Pihen,

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“Notre attention est en crise.’ C’est le constat de départ du manifeste publié en début d’année par le collectif Friends of Attention, qui regroupe des scientifiques, des enseignants, des artistes et de simples citoyens, un peu partout dans le monde, et qui organise depuis 2018 des groupes de travail autour du sujet. “Pour contrer la ‘fracturation de l’humain’, la volonté individuelle ou les efforts isolés ne suffisent pas. Il nous faut un mouvement de résistance collective”, estime Graham Burnett, historien des sciences et philosophe à l’université de Princeton, cofondateur du collectif qui, en parallèle, a co-créé en 2023 la Strother School of Radical Attention (SoRA), une organisation à but non lucratif vouée à organiser un “activisme de l’attention”. 

La neuroscientifique spécialiste de modélisation cognitive Marieke van Vugt, de l’université de Groningue, qui ne fait pas partie du collectif, approuve : “Nous ne sommes plus maîtres de notre propre attention.” Le coupable est tout désigné : l’omniprésence du numérique, des applications, des réseaux sociaux, et de leurs vecteurs, portables en tête, avec lesquels nous fusionnons jour et nuit. Contenus inépuisables, notifications incessantes, défilement infini, recommandations algorithmiques, récompenses variables… Face à la multiplication des contenus, des sollicitations et des interactions, les capacités d’attention s’étioleraient. Au risque de ne plus être capables de se concentrer profondément sur une activité ?

Le sujet fait les gros titres de la presse grand public – “Comment les humains ont perdu en capacité d’attention” ; “Notre capacité de concentration n’est plus que de 40 secondes” ; “Le déclin de l’attention est-il irréversible ?”…  Et chacun y va de sa propre expérience pour décrire l’effondrement. Selon un sondage réalisé en 2021 auprès de plus de 2 000 adultes britanniques, une personne sur deux déclare sentir une diminution de ses capacités d’attention. Et les deux tiers jugent cette perte identique chez les jeunes : ils n’arrivent plus à finir un livre, ils auraient même du mal à réfléchir… Environ 11 % des enfants américains ont reçu un diagnostic de trouble déficit de l’attention avec ou sans hyper­activité (TDAH) – sachant que l’inattention constitue la base du trouble.

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