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Un monde de sangliers
Cet opportuniste s'habitue à tous les climats, peut vivre partout, même en ville, et se reproduit de plus en plus vite… Récit d'une incroyable adaptation à notre monde humanisé. Oui, il va falloir apprendre à vivre avec les sangliers.
C’est la bête sauvage dont tout le monde parle. Que l’on soit à la campagne, à la montagne, en bord de mer ou en centre-ville, le sanglier anime les conversations. Ce sont des histoires maintenant bien connues de champs, de jardins, de terrains de foot dévastés, de poubelles saccagées, de promeneurs chargés, de chiens de chasse éventrés, d’accidents de la route parfois dramatiques avec ces animaux pesant 80 à 100 kg, ou d’incessantes collisions ferroviaires – la SNCF en a enregistrées 1 400 en 2025.
Ce sentiment d’invasion ne se limite pas à la France, ni même à l’Europe : des récits très similaires émergent ces dernières années en Scandinavie, en Sibérie, en Chine, au Japon… Tandis que les cochons introduits en Australie et sur le continent américain se sont largement épanouis dans la nature. “Ces trente dernières années, leur population a augmenté de manière quasi exponentielle aux États-Unis”, constate Samantha Wisely, biologiste à l’université de Floride. “C’est devenu aussi une grande préoccupation en Amérique du Sud, reprend Clarissa Rosa, de l’Institut national de recherche amazonienne. Ils se sont répandus très rapidement au Brésil, en Uruguay, en Argentine…” Une population introduite en Argentine est même parvenue à franchir la cordillère des Andes pour gagner le Chili. Traverser des fleuves – y compris le Rhône en crue – ou des bras de mer ne les effraie pas non plus : “Des sangliers ont atteint à la nage l’île de Port-Cros, située à 8 km des côtes du Var, et une population a commencé à s’y développer fortement à partir de 2015”, décrit Gilles Cheylan, de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères.