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Data centers, la tentation de l’orbite
Google, SpaceX, Amazon, Nvidia… C’est la ruée. Les projets de data centers dans l’espace se multiplient, arguments écologiques à l’appui. Nouveau miroir aux alouettes ou vrai enjeu de souveraineté ? Chacun place ses pions.
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“Placer des data centers dans l’espace, c’est une évidence !” En janvier dernier, quand Elon Musk lance la phrase à la volée à l’occasion du Forum économique mondial de Davos, elle ne passe pas inaperçu. Une nouvelle lubie du patron de SpaceX ? Quelques jours plus tard, le 31 janvier, il passe pourtant aux actes. Sa société contacte FCC, le régulateur américain des télécoms, et dépose la demande officielle pour lancer un million de satellites au service de son projet. Un million, c’est énorme, puisqu’à ce jour, moins de 15 000 satellites, toutes nationalités confondues, ont gagné l’orbite… Et Musk n’est pas le seul. Google avait déjà évoqué un projet similaire en novembre 2025 : “En privilégiant une conception modulaire de petits satellites interconnectés, nous jetons les bases d’une future infrastructure d’IA spatiale hautement évolutive”, annonçait Travis Beals, directeur du projet pour le géant du Web, dans une prépublication détaillée. Et ces derniers mois, les annonces sont tombées en rafale : en mars, Blue Origin, l’entreprise de Jeff Bezos, est entrée dans la course avec un projet de plus de 50 000 satellites ; le gouvernement chinois a annoncé des milliards d’euros d’investissements ; le spécialiste mondial des puces Nvidia s’est positionné en lançant de nouveaux composants “spécial espace”. “L’informatique spatiale, notre dernière frontière, est arrivée !”, a lancé son fondateur, Jensen Huang.
L’argument avancé par tous ces acteurs est toujours le même : l’avantage énergétique et même environnemental que ces centres orbitaux pourraient offrir par rapport à leurs équivalents terrestres. “Cette approche présente un potentiel de déploiement à grande échelle considérable, tout en minimisant l’impact sur les ressources terrestres”, milite Travis Beals, de Google.
“Nos centres de données spatiaux contribueront à la protection de l’environnement”, affirme carrément Christopher Stott, fondateur de Lonestar, une start-up américaine qui a déjà testé des briques logicielles et matérielles pour stocker et analyser des données dans la Station spatiale internationale et sur La lune, et qui projette d’envoyer un prototype de “coffre-fort de données” en octobre prochain dans l’espace.
Il est vrai que les data centers terrestres dévorent une quantité monstrueuse d’électricité : 1,5 % de la consommation mondiale, et ce n’est qu’un début. La demande, boostée par l’essor de l’intelligence artificielle, a bondi de 17 % en 2025. Selon les dernières évaluations de l’Agence internationale de l’énergie, elle pourrait doubler d’ici à 2030. Sachant que plus de 4 000 de ces data centers – sur les 12 000 dans le monde – sont hébergés aux États-Unis, qui produit 56 % de son électricité avec des énergies fossiles. Il y a donc bien un enjeu : les centres de données émettent aujourd’hui 0,5 % des émissions carbone dans le monde. Et un data center moyen engloutit jusqu’à 25 millions de litres d’eau par an, l’équivalent de la consommation quotidienne de 300 000 personnes. Sans compter l’empreinte au sol de ces gigantesques hangars remplis de serveurs…