@MR.XERTY (BRICE CHAPLET)
Voiture électrique : quel est le vrai bilan ?
Après 20 ans d’hésitations, le marché de la voiture électrique décolle. Elles représentent près d’un tiers des ventes en France. Avec quelle empreinte carbone ? L’argument écologique est-il valable ? Nous faisons les comptes avec les spécialistes.
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Très exactement 148 302 voitures électriques neuves ont été vendues entre le 1er janvier et le 30 avril en France ; 1,4 million sont aujourd’hui en circulation, soit entre 2 et 3 % du parc auto, en constante augmentation. “Il y a une vraie dynamique, à la fois sur les commandes de neuf, mais aussi sur le marché de l’occasion”, confirme le spécialiste Bertrand-Olivier Ducreux, qui suit les chiffres de près pour le compte de l’Ademe, l’Agence de la transition écologique. L’entrée en vigueur et l’annonce en début d’année de mesures incitatives a impulsé la hausse, alors que le gouvernement a fixé des objectifs ambitieux pour 2030 : atteindre 2 voitures neuves électriques sur 3 ; 1 million de véhicules produits chaque année par les constructeurs français et 400 000 bornes de recharge. Sans compter les répercussions de la flambée des prix du pétrole, suite au conflit au Moyen-Orient, encore à évaluer. “Plein de signaux côté constructeurs indiquent déjà une forte augmentation des ventes. La question c’est : jusqu’où ça va monter ?”, s’interroge l’ingénieur Antoine Trouche, du think tank dédié à la mobilité et aux transports rattaché à l’Institut du développement durable et des relations internationales.
Les véhicules électriques “offrent probablement le plus grand potentiel de réduction des émissions des véhicules légers”, notait le GIEC dans son dernier rapport, tant la littérature scientifique fait consensus : oui, ils émettent nettement moins que les voitures thermiques sur l’ensemble du cycle de vie. Leur impact carbone en France est 2 à 3 fois inférieur à modèles équivalents, concluait un rapport de l’Ademe en 2022 – “On est en train de travailler à une mise à jour de cet avis qu’on devrait publier avant la fin de l’année. Sur le fond, on confirme les avantages marqués de la voiture électrique”, précise Bertrand-Olivier Ducreux. Un rapport publié en 2025 par l’ICCT, l’International Council on Clean Transportation, présente des résultats encore plus forts au niveau européen : 63 g d’équivalent carbone par km, en tenant compte de tout le cycle de vie et du mix électrique moyen de l’Union européenne prévu pour la période 2025-2044, soit près de 4 fois moins que les voitures à essence, estimées à 235 g. Bien que les émissions liées à la production soient environ 40 % supérieures à celles des voitures thermiques, principalement du fait des batteries, dont la fabrication représente environ un quart des émissions totales, la dette est remboursée après 20 000 à 70 000 km parcourus, soit 1 à 4 ans d’utilisation, selon les estimations – sachant que les voitures électriques actuelles ont une autonomie de 150 000 à 300 000 km. “Dix ans en arrière, on prenait comme hypothèse qu’il faudrait changer la batterie une fois. Et en fait, non, les batteries tiennent”, se réjouit Bertrand-Olivier Ducreux – la durée de vie des véhicules dans l’Union européenne est estimée à plus de 20 ans.