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Le casse-tête de la prison
Une fois de plus la France vient d’être condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour des conditions de détention indignes. La surpopulation carcérale franchit de nouveaux sommets… La prison revient au cœur des débats à l’approche de la présidentielle. Nous en avons fait un labyrinthe de faits et de chiffres.
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La France comptait 88 654 détenus début mai 2026, soit plus de 1 Français sur 1 000. La population carcérale a plus que doublé en 40 ans.
En cause ? Non une augmentation de la délinquance mais un durcissement judiciaire. Une mission d’information de l’Assemblée nationale de 2023 a pointé un recours accru à la détention provisoire, l’allongement des peines et la création de nouveaux délits. +29 % de peines de prison ferme ont été prononcées en 2025 par rapport à 2020.
Sauf qu’on ne construit pas de prisons assez vite : 5 411 nouvelles places ont été livrées en 2025, ce qui correspond à seulement 35 % du total visé. La surpopulation carcérale a ainsi explosé en 10 ans : 136 % contre 114 % en 2016. Ce qui est bien au dessus de la moyenne européenne de 86 %.
Son efficacité est par ailleurs très limitée : 60 % des personnes libérées commettent une infraction dans les 4 ans qui suivent leur sortie. Avec zéro effet dissuasif. Ni sur la délinquance ni sur la récidive, selon une étude en France de l’Observatoire international des prisons de 2011. Et presque pas pour les peines plancher. Selon l’Institut des politiques publiques, cette loi effective entre 2007 et 2014 a réduit de 10 % maximum la récidive à moyen terme, et seulement sur certaines infractions.
Alors qu’au contraire, fréquenter des délinquants en prison peut pousser à la délinquance selon une étude européenne de 2015. Une étude française de 2011 a ainsi montré le rôle du partage de compétences techniques entre détenus en cas de récidive.
Les conditions de détention dans les prisons françaises sont régulièrement pointées du doigt par le Défenseur des droits, le Comité européen pour la prévention de la torture… Elles engendrent insécurité (5 000 violences sur agents, 10 000 entre détenus sont recensées chaque année) ; des temps de promenade réduits, avec des carences en vitamine D et les troubles du rythme circadien ; un accès aux soins limité, alors que les détenus sont plus souvent en mauvaise santé (maladies chroniques) ; des conditions sanitaires précaires qui favorisent infections et maladies respiratoires chroniques…
Tout cela au détriment de l’état psychologique : l’isolement est associé à la détresse, l’anxiété, la dépression, les ruminations violentes, l’automutilation et la mortalité…