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L’exposome: tout ce à quoi nous sommes exposés
Polluants éternels, colorants alimentaires, cadmium… Face aux alertes qui se succèdent, les épidémiologistes proposent une nouvelle approche : étudier l’ensemble des pollutions et des facteurs environnementaux pour mieux discerner leurs effets sur nous et les combattre. Avec déjà des premiers résultats.
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C’est une lugubre litanie à la une des journaux, scientifiques ou grand public. PFAS, additifs alimentaires, cadmium, mais aussi microplastiques, nanoparticules, perturbateurs endocriniens, métaux lourds, pesticides… Les alertes se multiplient sur le nombre, la diversité et l’impact des pollutions auxquelles les populations sont exposées. Chaque année, la seule pollution atmosphérique serait responsable de 9 millions de décès, principalement dans les pays les plus pauvres, estimaient déjà en 2022 des scientifiques. Rien que dans l’Union européenne, 282 millions de tonnes de substances chimiques ont été produites en 2017, dont 75 % sont considérées comme pouvant induire des effets délétères pour la santé humaine, rappelait en 2025 un rapport scientifique pour le Parlement européen.
Et c’est d’autant plus inquiétant au vu de l’écart entre ces disséminations colossales et les connaissances scientifiques : sur les 350 000 substances chimiques produites dans le monde par l’industrie, “nous ne disposons de données toxicologiques que pour 10 % d’entre elles”, déplore le toxicologue Thomas Hartung, de l’université Johns-Hopkins, aux États-Unis. Que faire ? Que peuvent les scientifiques face à ce déluge industriel d’expositions chimiques ? “Un état des lieux exhaustif s’impose”, lance Arthur David, depuis sa plate-forme technologique d’analyse chimique et microbiologique de l’École des hautes études en santé publique. Son projet est d’une ambition inimaginable il y a quelques années : il s’agit de détailler l’ensemble des polluants chimiques qui se retrouvent dans les organismes des populations européennes. “Cet atlas des expositions chimiques pourra ensuite permettre d’aiguiller des études épidémiologiques et toxicologiques”, anticipe-t-il.
Une première étape de cette initiative nommée iChemAtlas vient d’être publiée en mars. Plus de 250 composés chimiques ont été identifiés dans des échantillons de sang et d’urines prélevés chez 800 personnes représentatives de la population française. Un catalogue déjà édifiant : parmi ces substances – des métaux lourds particulièrement présents chez les hommes, des perturbateurs endocriniens détectés chez les femmes et les enfants –, un quart sont associées à des pesticides. Et le chercheur annonce que “d’ici la fin de l’année, nous allons commencer à rechercher des composés chimiques de manière non ciblée”, en tenant compte de ceux qui ne font encore l’objet d’aucun suivi. Ce catalogue ne dit rien des effets sur la santé, mais la démarche d’Arthur David s’inscrit dans un cadre plus large, dont l’ambition n’a cessé de s’affirmer depuis une vingtaine d’années, celui de l’exposome.