@ILLUSTRATION Y.DIRAISON AVEC SHUTTERSTOCK
Et si la Terre était vivante?
Et si l'hypothèse Gaia était vraie ? Et si la Terre était un super-organisme ? Cette vieille idée un peu New Age, et longtemps controversée, irrigue aujourd'hui les sciences de la terre, du climat… et jusqu'aux rapports du GIEC.
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Le mythe serait-il devenu réalité ? Gaïa, déesse mère du monde chez les Grecs, aurait-elle pris corps ? Cette hypothèse d’une Terre vivante, longtemps raillée pour son côté New Age, cette “métaphysique des bons sentiments sur la nature”, serait-elle entrée dans le champ de la science ?
L’idée est bien là, présente. Chez les astrophysiciens qui interrogent la vie au sens large : “Je la trouve d’une originalité rafraîchissante par rapport aux approches plus traditionnelles visant à comprendre le système terrestre. Gaïa est un concept qui aide les scientifiques enclins au réductionnisme à envisager une approche plus large et plus systémique pour comprendre ce qui se passe sur Terre”, salue l’astrobiologiste Charley Lineweaver, de l’université nationale d’Australie. Chez les chercheurs en sciences de la Terre : “Gaïa est une nouvelle entité que la science n’avait pas imaginée jusque-là, défend Tim Lenton, à l’université d’Exeter, au Royaume-Uni. Elle a donné naissance à la science du système terrestre et a nourri des concepts tels que les limites planétaires et les points de bascule.”
Une réputation sulfureuse
Ces concepts se retrouvent désormais au cœur des rapports du GIEC, et Gaïa est régulièrement invoquée par les défenseurs de l’environnement. Elle est même légitimée par une partie de la philosophie des sciences : en France, le philosophe Bruno Latour a publiquement incarné le regain intellectuel de l’entité, la décrivant comme une rupture épistémologique comparable à celle découlant des travaux et des écrits de Galilée. Rien de moins ! “Gaïa n’est pas une idée marginale, mais une conception de la Terre au centre des savoirs, philosophies et politiques des changements globaux contemporains”, analyse l’historien et philosophe des sciences Sébastien Dutreuil, de l’université Aix-Marseille, qui a consacré sa thèse et un ouvrage passionnant au sujet.
Et pourtant… “Si l’on s’en tient à la seule mention du concept dans la littérature scientifique, on trouve au mieux 200 articles en cinquante ans”, constate-t-il. Il faut bien le reconnaître, l’hypothèse lancée en 1974 par le chercheur britannique James Lovelock et la microbiologiste Lynn Margulis traîne encore une réputation sulfureuse, suspecte de flirter avec les pseudosciences et les aspirations mystiques. Pour l’historien, cette défiance doit d’ailleurs beaucoup à l’ambiguïté même de son inventeur. “Ce n’est pas tant la référence mythologique qui en a fait un tabou que Lovelock lui-même. Car ce qui est aujourd’hui perçu comme l’un des concepts phares de l’environnement global a aussi été pensé pour amoindrir la responsabilité des pollueurs de la planète…”