@SOUTHERN CROSS UNIVERSITY
Faut-il refroidir la Terre ?
La question n’a plus rien de théorique. Peut-on sauver la planète en modifiant son atmosphère ? Alors que le nombre de projets explose, parfois hors de tout cadre légal, les chercheurs alertent sur un mécanisme potentiellement dévastateur.
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Les chiffres sont mirobolants. 62,5 millions d’euros débloqués en 2025 par l’Advanced Research and Innovation Agency, une agence pilotée par le gouvernement britannique, du jamais-vu dans le secteur public ; plus de 50 millions d’euros levés la même année par la start-up israélo-américaine Stardust Solutions. En 2024, c’était la Fondation Simons, aux États-Unis, qui investissait 45 millions d’euros. Depuis quelques années, les financements octroyés à des projets concrets de géo-ingénierie solaire grimpent en flèche. Des expériences de terrain, loin des paillasses de laboratoire, se mettent en place. “Le secteur est en plein boom, tant du côté académique qu’entrepreneurial”, abonde Shaun Fitzgerald, directeur du Centre pour la réparation du climat de l’université de Cambridge, au Royaume-Uni. Ces techniques de refroidissement du climat terrestre, jusqu’ici cantonnées à de vagues concepts théoriques et à des simulations numériques, passent à la vitesse supérieure.
Du côté des partisans, la petite musique est aujourd’hui bien connue : devant la menace considérable que fait peser le changement climatique sur de nombreux écosystèmes, il est plus que temps de jeter toutes les forces dans la bataille.
D’abord en attaquant de plein fouet le dioxyde de carbone atmosphérique, et pas seulement en réduisant drastiquement et rapidement les émissions : il s’agit d’extirper de l’atmosphère de grandes quantités de CO2 qui s’y trouvent afin de limiter au maximum les effets du réchauffement. “Les démonstrations à grande échelle commencent, comme celles des entreprises Carbon Engineering ou Climeworks, qui comptent chacune extraire des centaines de milliers de tonnes de CO2 atmosphérique cette année”, témoigne Florent Guillou, ingénieur process design à IFP Energies nouvelles.
L’idée est de chauffer à haute pression le CO2 gazeux pour le liquéfier, afin de le stocker ensuite dans les profondeurs terrestres, comme dans des gisements de pétrole ou de gaz en fin d’extraction, ou des roches poreuses. Mais ces initiatives prennent du temps. Et les conséquences du bouleversement climatique frappant déjà à nos portes, certains assurent qu’il faut activer un autre levier : refroidir volontairement la Terre, ne serait-ce que de quelques dixièmes de degré, afin d’éviter, tant qu’il est encore temps, une éventuelle bascule du climat mondial. Un pansement climatique donc, visant à accompagner la transition vers le zéro émission. “La question n’est plus vraiment de savoir si oui ou non nous devrions avoir recours à la géo-ingénierie solaire, mais plutôt quand et comment allons-nous véritablement commencer, juge le géophysicien David Keith, à l’université de Chicago. Sachant que plus nous attendons, plus la situation empire.”