@ETH ZURICH / DANIEL WINKLER
Cryptographie quantique : la bataille du hasard
C’est la clé pour sécuriser nos données : des codes imprédictibles générés par un hasard quantique prélevé au cœur même de la matière. Les labos relèvent aujourd’hui le défi, et les start-up sont à l’affût.
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“Nous avons obtenu le hasard parfait.” Mai 2026, après quatorze années de travaux théoriques, d’études et d’expérimentations, Renato Renner peut enfin se féliciter. Le théoricien de l’information quantique à l’ETH Zurich, l’École polytechnique fédérale, fait partie des rares personnes au monde à avoir réussi à produire un vrai hasard, certifié comme tel. à savoir un peu plus de 45 millions de bits (une suite de 0 et de 1) générés de manière totalement imprédictible. “C’est très intéressant, et cela améliore ce que nous avions fait à l’époque”, salue Krister Shalm, physicien au NIST, le National Institute of Standards and Technology, aux États-Unis, qui a mis au point en 2025 l’un des premiers générateurs de nombres parfaitement aléatoires de ce type (nous en parlions déjà en septembre 2025). “C’est indéniablement un domaine très actif avec de nombreux travaux menés par différentes équipes à travers le monde.” La preuve que la bataille du hasard est lancée, même si le chercheur se refuse pudiquement à parler de compétition.
De fait, depuis la sortie des tout premiers générateurs de hasard commerciaux, il y a une vingtaine d’années, les choses ont évolué : “Les débuts ont été timides, mais ça s’accélère depuis quelques années”, confirme Hugo Zbinden, cofondateur d’ID Quantique, une entreprise suisse pionnière du domaine, qui a sorti son premier générateur de hasard en 2001. D’autres l’ont depuis rejoint sur le créneau : “Nous entendons sans cesse parler de nouvelles start-up qui se lancent autour de cette technologie”, note Serge Takhar, directeur financier de Quside, un concurrent espagnol créé en 2017, qui lui commercialise le générateur de hasard développé à l’Institut des sciences photoniques de Barcelone. “On assiste depuis quelques années à un foisonnement de technologies qui permettent de répondre à différents cas de figure”, constate également Gilles Trachsel, vice-président chez l’australien QuintessenceLabs, qui a lancé son premier générateur en 2008.