illustration clitoris en 3D pour le magazine d'actualité scientifique epsiloon n°61@GETTY IMAGES

La science du clitoris

Un article à retrouver dans Epsiloon n°61

C’est le grand oublié. Il a fallu attendre 1990 pour connaître son anatomie complète. Puis 2016, pour qu’en soit réalisé un modèle 3D révélant sa forme entière et sa taille. Réseau nerveux, récepteurs, connexion avec le cerveau, fonction… La science du clitoris est en train de naître.

par Noé Bente,

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Ju Young Lee s’est trouvée submergée. “Étant donné le nombre considérable de demandes reçues du monde entier, je ne suis malheureusement pas en mesure de répondre…”, s’excuse auprès d’Epsiloon la neuroscientifique de l’Institut de recherche sur la reproduction et le développement de l’université d’Amsterdam, qui vient de prépublier en mars dernier une cartographie neuronale du clitoris. Ce n’est pourtant pas la première du genre, contrairement à ce qu’ont annoncé nombre de médias. “ça confirme les données d’autres études, mais les images sont de grande qualité, plus fines, plus précises”, salue Céline Brockmann, spécialiste du sujet à l’université de Genève. “On assiste à un regain d’intérêt et à la publication de quelques études de qualité”, observe de son côté Helen O’Connell.

Première diplômée d’urologie en Australie, Helen O’Connell a connu elle aussi un engouement planétaire à la fin des années 1990 quand elle a remis en lumière l’anatomie complète de l’organe du plaisir sexuel féminin à partir d’IRM et de dissections. “À l’époque, on sentait bien que ça faisait écho à une demande sociale de connaissance, c’était presque le grand public qui découvrait le clitoris”, se souvient Sylvie Chaperon, spécialiste de l’histoire des femmes, du genre et de la sexologie à l’université Toulouse-II. Idem en 2016, quand la chercheuse indépendante Odile Fillod conçoit un modèle 3D d’un clitoris : cette forme avec deux ailes – les piliers –, qui se rejoignent pour former le corps et le gland au bout, fait rapidement le tour du monde – dès l’année suivante, l’organe apparaît dans les manuels scolaires français. “Ce modèle n’est pas parfait, mais je pense qu’il a joué son rôle : faire connaître la forme entière et la taille du clitoris”, juge-t-elle aujourd’hui. Céline Brockmann en témoigne : “J’ai réalisé à 47 ans, en étant moi-même spécialiste du domaine, que je ne savais pas que j’avais cet organe à l’intérieur de mon propre corps !”

La biologiste genevoise accompagne Maeva Badré, doctorante, dans une vaste analyse en cours sur l’architecture fonctionnelle détaillée du clitoris : “Il est encore un peu tôt pour que je puisse partager les résultats, s’excuse Maeva ­Badré. Nous essayons d’avoir des bases à la fois ­anatomiques et histologiques détaillées pour mieux comprendre les étapes de la réponse sexuelle.” “Comment se déroule concrètement l’érection, toute la machinerie moléculaire impliquée, les aspects neurovasculaires…”, poursuit Céline Brock­mann. “Il n’y a jamais eu d’étude aussi globale, se réjouit Odile Fillod. J’espère que cela va permettre de mieux comprendre comment l’ensemble fonctionne en synergie pour produire les sensations que l’on connaît.”

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