illustration film Tous en scène pour le magazine scientifique d'actualité epsiloon n°61@BBQ_DFY/AURIMAGES

Même les bourdons ont le sens du rythme

Un article à retrouver dans Epsiloon n°61

Oui, même lui, alors qu’il est sourd. Otaries, rats, perruches… Les neuroscientifiques n’en finissent pas de découvrir de nouvelles espèces capables de suivre toutes sortes de séquences rythmiques complexes.

par Alexandra Pihen,

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Peut-être le bourdon semble-t-il pataud sur le dancefloor, mais il a le rythme dans la peau. C’est même le premier insecte dont la capacité à mémoriser des séquences rythmiques et à les adapter à de nouveaux tempos a été démontrée. “C’est un travail fascinant et créatif”, applaudit Peter Cook, au New College of Florida. 

L’équipe d’éthologues de l’université médicale du sud de Guangzhou, en Chine, n’a pas utilisé de sons pour tester les compétences rythmiques de l’insecte – le bourdon est sourd. Puisque son univers est lumineux et vibratoire, ils ont animé la piste avec des séquences de flashs de lumière. Et le bourdon a non seulement été capable de discriminer deux motifs rythmiques différents, par exemple court-court-long ou court-long-court, mais aussi de reconnaître un même motif à des cadences différentes. “La capacité à généraliser des stimuli dont la durée a été modifiée est frappante”, admire Peter Cook.

Ces mêmes bourdons, entraînés sur des motifs rythmiques vibratoires, ont aussi démontré une perception rythmique intermodale : ils ont su associer ces vibrations avec les motifs de lumières similaires – comme nous pouvons estimer le tempo d’une musique en observant des lumières synchronisées. Quel sens du groove ! “À notre connaissance, la reconnaissance intermodale de la structure rythmique n’avait été testée que chez les humains”, souligne la neuroéthologue Cwyn Solvi, directrice de l’étude sur les bourdons. “C’est un résultat très étonnant, abonde le bioacousticien émérite Michael Greenfield. Les bourdons ont stocké une représentation abstraite et indépendante de la modalité des rythmes appris.”

On savait les insectes capables de percevoir les rythmes élémentaires, mais pas de reconnaître les mêmes rythmes à des tempos différents. Nous, humains, expérimentons cette perception flexible quand nous reconnaissons une chanson familière jouée sur un autre tempo. Nous mesurons instinctivement le timing relatif des événements plutôt que des durées absolues : “Il n’est pas nécessaire d’encoder la durée entre deux éléments pour percevoir une séquence rythmée, mais plutôt si tel intervalle est plus court ou long que le précédent”, explique Benjamin Morillon, spécialiste de neurophysiologie auditive humaine à l’Institut de neurosciences des systèmes de Marseille. 

 

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