illustration de la nouvelle histoire des invasions barbares dans le magazine scientifique d'actualité epsiloon n°61@ILLUSTRATION Y.DIRAISON AVEC IA FIREFLY ET GETTY IMAGES

La véritable histoire des invasions barbares

Un article à retrouver dans Epsiloon n°61

Les spécialistes de l’ADN ancien réécrivent la fin de l’Empire romain, racontant une histoire beaucoup plus douce et subtile, loin de la fureur, des clichés et des lectures identitaires.

par Vincent Nouyrigat,

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Une horde de guerriers qui tuent, violent, pillent et brûlent tout sur leur passage. Une marée inarrêtable de visages étrangers, haineux, rebutants, sales, s’exprimant dans un charabia incompréhensible – qualifié de barbaros en grec ancien. Des armées féroces et débraillées venant des lointains nord ou est du continent, qui veulent détruire et envahir la grande civilisation, y imposer leurs mœurs et leurs peuples ; peuples dont les noms suffisent à vous glacer le sang : Wisigoths, Ostrogoths, Huns, Vandales, Alamans, Francs, Lombards, Avars… Voilà les images accablantes qui habitent notre inconscient collectif et nos souvenirs plus ou moins brumeux des cours d’histoire-géo, sur le thème de l’effondrement de l’Empire romain d’Occident – au Ve siècle, officiellement en l’an 476, si vous avez bien retenu la leçon – et des fameuses “invasions barbares”. Un événement majeur que les historiens et les archéologues tentent de décortiquer et déconstruire depuis plusieurs décennies, et que les spécialistes de l’ADN ancien réinterprètent à leur tour ces dernières années. “En plus des outils génomiques de pointe, nous venons d’apporter plusieurs innovations techniques qui permettent de reconstituer la trajectoire de vie des populations de l’époque, lance Joachim Burger, de l’université Johannes-Gutenberg de Mayence. Et les résultats des derniers travaux sont en train de démolir le mythe des hordes de barbares.”

Le généticien allemand a publié ce printemps une étude qui fait déjà référence. Son équipe a analysé le génome de 258 individus du IVe au VIIIe siècle retrouvés dans des sépultures du sud de l’actuelle Allemagne, une zone correspondant à l’ancienne frontière de l’Empire. De quoi détecter l’arrivée soudaine de guerriers venant d’un nord lointain ? En réalité, les résultats montrent que la population d’ascendance nord-européenne en question vivait ici aux marges de l’Empire depuis déjà plusieurs générations, aux côtés du peuple de la province romaine. “Ce n’était pas un bloc massif, mais des petits groupes familiaux ou même des individus isolés”, précise Joachim Burger. Vers l’an 470, synonyme dans cette région de désintégration de l’administration romaine et de toutes ses réglementations, “on assiste immédiatement à des mariages mixtes entre les deux populations, c’est une intégration rapide et fluide entre ces deux groupes”, poursuit le chercheur ; notez, au passage, que c’est l’effondrement de l’empire qui favorise ici ces mélanges, et non l’inverse.

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