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Il existe des planètes trou noir
Les modèles sont formels : elles orbiteraient autour des trous noirs par dizaines de millions, s’enthousiasment les astrophysiciens. Et formeraient même la plus grande population de planètes de l’Univers.
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Le jour se lève sur la planète. Le jour, ou plutôt un déferlement de rayons X et ultraviolets qui percent l’épais rideau de poussières environnant, irradiant soudain le magma de lave qui fait ici office de sol. Car cette planète n’est pas une planète comme les autres. Elle ne tourne pas autour d’un soleil ni de tout autre type d’étoile, naine rouge, géante ou minuscule naine blanche : elle tourne autour d’un trou noir. Mais pas n’importe lequel. Le plus gigantesque qui soit, celui qu’on ne trouve qu’au centre des galaxies : un trou noir supermassif.
Cette planète, personne ne l’a encore découverte, mais elle est déjà dans la tête d’une poignée d’astrophysiciens dans le monde qui, depuis quelques années, pensent qu’elle pourrait exister. Elle, et des millions d’autres à ses côtés, en train de tourner à l’intérieur du gigantesque disque de gaz et de poussières qui ceinture le trou noir, sans aucune étoile à laquelle se raccrocher. Un immense manège planétaire qui évoluerait au centre de chacune des galaxies de l’Univers.
“L’idée a émergé naturellement des discussions quotidiennes avec mes collègues sur la formation planétaire et les environnements des noyaux actifs de galaxies”, rembobine Keiichi Wada, spécialiste des trous noirs supermassifs à l’université de Kagoshima, au Japon, qui a publié la première étude sur le sujet en 2019. Car oui, l’épais disque de gaz et de poussières qui tournoie autour d’un trou noir supermassif ressemble beaucoup à un autre : celui qui ceinture une jeune étoile et dans lequel se forment normalement les planètes. Pourquoi, dès lors, ne serait-il pas lui aussi un berceau planétaire ? “Les processus physiques fondamentaux qui mèneraient à ces naissances seraient similaires à ceux d’une formation planétaire ordinaire, simplement ils se produiraient à une échelle beaucoup plus vaste”, assure le chercheur. Et l’on devrait donc voir là aussi des grains de poussière entrer en collision, s’agglomérer, jusqu’à ce que la gravitation fasse son œuvre et façonne les corps. Des planètes qui pourraient, si elles sont suffisamment loin pour ne pas être englouties, continuer à tourner autour du monstre central.