portrait de Lia Betti, contre-pied sur l'accouchement publié dans le magazine scientifique d'actualité epsiloon@@DAVID DESPEAU, COLAGENE.COM

“L’accouchement humain n’est pas si exceptionnel”

Un article à retrouver dans Epsiloon n°65

C’était acquis : la spécificité de l'accouchement humain, plus difficile que chez les autres primates, expliquerait pourquoi nous donnons naissance à des bébés très jeunes et dépendants. Un contresens évolutif total selon l’anthropologue Lia Betti.

par Louane Velten,

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Epsiloon : L’idée selon laquelle l’accouchement ­humain présente une difficulté unique est toutefois largement admise…

Lia Betti : C’est un récit très convaincant. Il est d’ailleurs toujours enseigné en médecine et dans les écoles de sages-femmes. Seulement, nous nous sommes aperçus que les mesures sur lesquelles il se fonde, celles de l’anthropologue Adolph Schultz, sont en partie fausses. Person­ne ne les avait étudiées de près jusqu’ici. À part de petits travaux concentrés sur certaines espèces, la plupart des chercheurs se sont contentés de reprendre les choix méthodologiques de Schultz, confortant ses conclusions : l’humain se distinguerait ainsi par un ajustement entre le canal pelvien et la taille du bébé incroyablement serré, alors que chez les gorilles, les orangs-outangs, les chimpanzés et aussi de petits singes, il y a énormément de place.

Epsiloon : Vous remettez en question les mesures d’Adolph Schultz ?

Lia Betti : Oui, car il a appliqué à toutes les espèces des techniques basées sur l’anatomie humaine, avec une approche très anthropocentrée, cohérente avec la philosophie de l’époque, mais qui ne représente pas la réalité obstétricale. Je travaille sur le bassin humain depuis longtemps. Quand j’ai commencé à regarder les autres primates, j’ai tout de suite compris que la forme de leur bassin est très différente. Schultz avait mesuré le canal pelvien au même endroit, entre le sacrum et le pubis, la partie la plus étroite chez l’humain. Or, chez les autres primates, le sacrum est positionné différemment, donc la zone la plus étroite est plus basse. Il a aussi fait le choix étrange de mesurer le diamètre le plus long du crâne des nouveau-nés, mais le plus souvent, chez les humains, les bébés présentent l’arrière de la tête, tandis que chez les autres primates, c’est plutôt le visage. Dans les deux cas, cela réduit la circonférence qui doit passer dans le canal. La combinaison de ces deux mauvaises mesures a déformé toute la théorie et l’image globale que nous avons de l’accouchement.

 

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