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Pomme: la belle rencontre
Tout a commencé au nord de l’Himalaya, il y a près de 10 000 ans, dévoilent les analyses génétiques. Depuis qu’on l’a croquée, on ne s’est plus quittés. La pomme est un fruit miraculeux né d’un coup de chance, du passage des ours, et de beaucoup d’attention humaine.
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Nous avons croqué la pomme et depuis, on ne s’en passe plus. Ronde ou pointue, la peau rugueuse ou cireuse, d’un vert criant ou d’un rouge tapageur, dissimulant une chair tendre et sucrée ou ferme et acide, elle est l’objet d’une incessante dévotion. “Depuis des siècles, la pomme n’a jamais été éclipsée, s’émerveille l’historien Florent Quellier, de l’université d’Angers, qui s’est penché sur la place si singulière qu’elle occupe dans nos imaginaires et sur nos tables. C’est le fruit le plus représenté dans la peinture occidentale.”
Les prémices de cet amour sont longtemps demeurées obscures, fragmentaires. “Les restes archéologiques sont rares, regrette l’archéobotaniste Ferran Antolin, de l’université de Bâle. Et même lorsque l’on retrouve des pépins enfouis, savoir de quelle pomme il s’agit demeure difficile.” En Europe, seuls quelques restes de pommes sauvages carbonisées, trouvés aux abords d’anciens campements du néolithique, comme ceux découverts dans la vase du lac de Chalain, dans le Jura, attestent de cette ancienne attraction. Depuis une dizaine d’années, la multiplication des données génomiques a toutefois permis de remonter le temps et les pistes jusqu’aux pommiers à l’origine de tous les fruits qui trônent aujourd’hui sur les étals ou dans les jardins.
“La culture des pommes a débuté en Asie centrale”, pointe la chercheuse Amandine Cornille, de l’université de New York à Abu Dhabi, qui a pris une large part à ces recherches. L’une de ses toutes dernières études, publiée cette année, renforce un peu plus l’hypothèse selon laquelle les premiers vergers se seraient épanouis sur les contreforts des montagnes du Tian Shan, dans l’actuel Kazakhstan, qui s’étendent sur plus de 1 600 km d’est en ouest jusqu’à la Chine.
Cas singulier
Surtout, ces résultats soulignent à quel point le pommier est singulier au regard de bien d’autres plantes domestiquées : “À la différence de ce qu’on voit avec des céréales comme le blé, nous n’observons pas ici de goulot d’étranglement”, souligne la chercheuse. Autrement dit, les pommiers ont conservé la diversité génétique de leurs ancêtres sauvages. Mieux encore, comme vient également de le démontrer la chercheuse, leurs jeunes pousses n’ont rien perdu de leur capacité ancestrale à faire face aux aléas climatiques. Une plasticité rare dans le monde des plantes domestiques, sélectionnées pour s’acclimater à la variété des géographies et des exigences de productivité.