photo d'illustration du TDAH@SHUTTERSTOCK

TDAH : aux origines du trouble

Un article à retrouver dans Epsiloon n°62

TDAH, pour trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Alors que le nombre de diagnostics augmente depuis dix ans, chez les enfants mais aussi les adultes, nombreux sont ceux qui doutent encore de son existence. Pourtant les neurosciences l’ont précisément caractérisé. Nous remontons le fil de son histoire.

par Marie-Catherine Mérat,

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“À la fin de cette vidéo, tu sauras si t’as un TDAH.” Fin 2025, le #TDAH était tendance sur TikTok. Au 30 mars 2026, il cumulait plus de 696 000 publications. “Tout le monde veut son TDAH”, observe Sara Fally, psychologue pour enfants dans le service recherche du CHU de Montpellier. TDAH ? Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, un trouble caractérisé par deux grandes catégories de symptômes, combinés ou non : l’inattention et l’hyperactivité.

Le fait est que le nombre de diagnostics est en augmentation un peu partout dans le monde. Le phénomène est particulièrement marqué aux états-Unis, passés entre 2016 et 2022 de 8,9 % à 10,5 % d’enfants diagnostiqués, ce qui représente un million d’enfants supplémentaires en six ans. En Europe, la tendance est également à la hausse : l’utilisation de médicaments contre le TDAH augmente de 8,96 % par an.

À croire que nos sociétés occidentales produisent des TDAH à la pelle. De là à douter de l’existence réelle du trouble, il n’y a qu’un pas, que d’aucuns n’hésitent pas à franchir. “‘Le TDAH n’existe pas, il a été inventé pour vendre un médicament’. Ces propos me sont, malheureusement, rapportés relativement fréquemment, de même que le refus de renouveler la prescription médicamenteuse”, rapporte ainsi le pédopsychiatre spécialiste du TDAH Louis Vera sur son site Internet. Incompris et parfois mal-aimé, voilà un trouble qui ne cesse de faire parler de lui depuis des décennies. 

La faute, peut-être, à la complexité de ses origines. Lesquelles seraient bien plus anciennes qu’on ne le croit : les premières descriptions du trouble remontent à plus de deux cents ans. Dès 1798, un médecin écossais, sir Alexander Crichton, décrit des patients facilement distraits par des stimuli extérieurs, un bruit, de la lumière, et qui paraissent très agités. Ils ont “la bougeotte”, note-t-il. En 1902, c’est un pédiatre britannique, George Still, qui détaille le cas d’enfants souffrant, incapables de maintenir leur attention, impulsifs, piquant des crises de ­colère… La littérature enfantine, aussi, dépeint dès le xixe siècle des bambins dont le comportement rappelle étrangement le TDAH. Comme “Philipp le gigoteur” dans Der Struwwelpeter, un livre illustré allemand des années 1840. Ce garçon est incapable de rester assis tranquillement à table malgré les avertissements de son père : il se balance d’avant en arrière sur sa chaise jusqu’à tomber à la renverse, emportant avec lui nappe, couverts, nourriture… “On parlait beaucoup de ces enfants-là dans les livres pour enfants, on les appelait ‘touche-à-tout’, ‘Sidonie la petite sans soin’, on disait : ‘On ne comprend pas parce qu’ils sont quand même plutôt intelligents, mais ils sont un peu idiots parce qu’en fait, ils oublient des trucs, ils sont distraits…’”, décrit Christine Gétin, directrice de l’association HyperSupers TDAH France…

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